L’objectif initial de ce voyage d’étude à destination du parc naturel national Eryri était de comprendre les conflits d’usage liés à la cohabitation des fonctions écosystémiques, d’accueil touristique massifié et de valorisation énergétique des territoires ruraux. Je voulais reprendre le triptyque lefebvrien qui distingue les espaces perçu, conçu et vécu pour mieux étudier le jeu entre ceux-ci qui fait émerger les conflits d’usage. La durée de l’enquête (une semaine) n’était en revanche pas suffisante pour réaliser un nombre satisfaisant d’entretiens, de plus, la collecte en amont de données statistiques sur le territoire a été ardue, peu de données étaient en accès libre, aussi ai-je décidé de redirigé mon analyse sur l’aménagement du village dans lequel se trouvait notre hébergement, Betws-y-Coed. A peine arrivés, tout le groupe d’étudiants de l’Ecole a trouvé une atmosphère étrange au village, un air de Disneyland Paris, de facticité ambiante : pourquoi un parking si vaste pour un si petit village ? pourquoi tant de maisons d’hôtes si parfaitement et uniformément réhabilitées ? En somme, nous nous demandions dans quelle mesure nous pouvions profiter de l’authenticité de cette localité historique alors qu’elle était plongée dans un contexte de tourisme massifié. J’ai donc décidé de réaliser un bref diagnostic territorial du village gallois de Betws-y-Coed, « la porte d’entrée du parc national », pour rendre compte des dynamiques territoriales à l’œuvre en ce lieu. Pour ce faire, l’étude commence par une mise en contexte historique à laquelle s’ajoute ensuite une brève présentation par la statistique des pratiques observées dans le village. Enfin, nous procédons à l’analyse des aménagements territoriaux observés sur le terrain.
Betws-y-Coed tire son nom d’un ancien monastère construit dès le 6ème siècle, il signifie en effet « maison de prière dans les bois ». Le village hérité de ce monastère se situe dans une vallée creusée dans les reliefs alentours par le fleuve dont elle tire le nom, la Conwy qui se jette dans la mer d’Irlande, plus au nord. Les terres, plutôt rocheuses, ont favorisé le développement du pâturage à celui de l’agriculture, Betws-y-Coed est donc resté une petite localité rurale pendant la majeure partie de son existence. Néanmoins, au 19ème siècle, un industriel anglais, Thomas Telford, découvre des gisements de plomb dans la région du parc naturel Eryri et décide donc d’y investir ; pour cela, il ouvre des mines[1] et développe les grandes infrastructures de transport pour relier le pays de Galles à Londres, il commande ainsi la construction de la route de Londres à Holyhead livrée en 1815 et depuis sobrement rebaptisée A5. Cet héritage de la route historique est d’ailleurs patrimonialisé et mis en avant aujourd’hui par une signalétique touristique qui rappelle l’ancienneté de ce tronçon routier (Figure 1).
Rendue accessible, de nouveaux publics vont découvrir la région : les artistes. Dans les pas de Joseph Mallord William Turner et David Cox qui ont mis la lumière sur le potentiel pictural des paysages du nord gallois, une foule d’artiste se presse à Betws-y-Coed entre 1850 et 1880. La ville devient la « première colonie d’artistes » du Royaume-Uni. De surcroît, une gare s’installe à son tour à Betws-y-Coed en 1865 pour desservir ce territoire attractif tant par les emplois miniers (métaux et surtout ardoise) qu’il propose que par les paysages que des peintres de renom mettent en valeur. La ligne de chemin de fer, toujours en exploitation à ce jour, relie Betws-y-Coed au front de mer situé directement au nord de la vallée de la Conwy (cf. Figure 2). Cette vallée servait donc de corridor logistique pour les productions minières et pastorales de la région mais aussi pour les nombreux touristes qui, dans le sillage des artistes, venaient admirer la splendeur promise des paysages locaux. Les artistes fuient alors les flots de touristes et la colonie d’artiste se dissipera dans le reste du parc en laissant derrière elle, l’image d’Epinal d’un village pittoresque et authentique au cœur d’une vallée merveilleuse. Les mines ferment néanmoins au tournant du 20ème siècle, tant pour l’ardoise que pour les métaux. La région perd son attractivité économique et artistique mais le tourisme subsiste quoique les deux guerres mondiales aient joué en sa défaveur. Au sortir de la seconde guerre mondiale, le gouvernement britannique souhaite valoriser économiquement cette région qui s’est difficilement retournée sur son agro-pastoralisme historique après la fermeture des industries minières ; pour ce faire, il est décidé en 1951 de faire de la région nord galloise un parc naturel national, le parc de Snowdonia.
L’Autorité du parc créée au même moment coordonne le développement du parc qui reste pendant plusieurs années un vaste espace naturel modérément fréquenté. La massification touristique intervient peu après, c’est notamment en réaction à cet afflux touristique qu’est créée la Snowdonia Society qui veille au développement d’un tourisme durable à partir de 1967. L’activité agricole périclite dans la seconde moitié du 20ème siècle, le parc est de plus en plus aménagé pour produire de l’énergie notamment avec la construction de la centrale hydroélectrique de Dinorwig (Electric Mountain) entre 1974 et 1984. Depuis, le parc continue d’aménager plusieurs projets énergétiques (hydroélectricité, éolien, photovoltaïque, méthanisation) qui doivent cohabiter avec les pratiques touristiques.
En somme, l’histoire urbaine du village de Betws-y-Coed est relativement stable du 6ème au 19ème siècles, il s’agissait d’une modeste localité qui vivait de prière et d’agro-pastoralisme (essentiellement ovin). L’essor donné par l’industrie minière tout au long du 19ème siècle, couplé aux représentations artistiques couronnées de succès ont donné à la région et notamment à Betws-y-Coed une nouvelle dimension fondée sur un modèle de développement territorial extractiviste. Le tournant vers le 20ème siècle fût néanmoins assez difficile avec la perte des industries minières. La création du parc Snowdonia devait consacrer la naturalité du lieu, la mettre en valeur, afin que les touristes (principalement anglais) le trouvent intouché, semblable à celui que les peintures, désormais célèbres, de Joseph Mallord William Turner, David Cox et comparses ont représenté. Le village de Betws-y-Coed souligne voire exacerbe les initiatives de développement régional dans la mesure où il fût la porte d’entrée vers le parc depuis la route historique construite en 1815. Le village se présente lui-même comme « la porte d’entrée vers le parc national Eryri[2] » dans les brochures touristiques (cf. Figure 3). L’aménagement territorial du parc demeure constamment en tension entre la valorisation du patrimoine naturel (difficilement rentable économiquement) et la mise en valeur minière puis énergétique de ces espaces naturels.
[1] A l’instar de la Sygun Mine du village de Geddelert que nous avons pu visiter.
[2] The gateway to Eryri National Park
a. Un petit village rural dont la vie économique est tournée vers le tourisme
Le village compte aujourd’hui un peu moins de 2000 habitants (1959 en 2021) et, par rapport au reste du Pays de Galles, Betws-y-Coed compte une population plus âgée, 43 % des habitants ont entre 50 et 74 ans, contre 32,1 % au Pays de Galles. De plus, la part des jeunes (0-19 ans) est plus faible (17,5 %) que la moyenne galloise (22,3 %). Cela se reflète également sur la structure de l’emploi à Betws-y-Coed puisque près de 40% de la population est inactive (38.9%) dont 28 points de pourcentage sont attribués aux retraités.
La population active est à 95% en emploi, le nombre de chômeurs y est résiduel ce qui témoigne d’une facilité d’insertion professionnelle des habitants du village. En effet, les entreprises installées dans le village sont davantage tournées vers la sphère économique présentielle, c’est-à-dire qu’elles développent l’emploi sur place notamment avec les métiers en lien avec l’hébergement, le commerce et le service. Betws-y-Coed compte 45% d’entreprises liées à l’économie présentielle, c’est 8 points de pourcentage de plus que le reste du pays de Galles et encore 3 points de pourcentage de plus que la Vallée de la Conwy. Cela signifie bien une spécialisation économique de Betws-y-Coed dans l’économie présentielle. On compte notamment une surreprésentation dans le village des entreprises d’hébergement et de restauration (+12 points de pourcentage par rapport au Pays de Galles) ou encore des entreprises liées à l’art ou aux services domestiques marchands (+4 points de pourcentage par rapport au Pays de Galles). A Betws-y-Coed, l’économie présentielle symbolise la spécialisation touristique du village qui mise sur l’accueil de visiteurs extérieurs (maisons d’hôtes, hôtels, restaurants, services de nettoyage, commerces spécialisés) avec une surreprésentation intéressante du secteur économique de l’art qui trouve dans le village un cadre propice à son développement depuis le milieu du 19ème siècle. La sphère économique productive est moins spécialisée, on remarque simplement une sous-représentation des secteurs de l’industrie, de l’administration publique et de la santé à Betws-y-Coed (de 3 à 4 points de pourcentage en moins qu’ailleurs au Pays de Galles) et une légère surreprésentation (+3.8 points de pourcentage) de l’agriculture.
L’analyse de la structure économique de Betws-y-Coed brosse le portrait d’un petit village rural spécialisé dans l’économie présentielle et plus particulièrement, dans l’accueil touristique. Ce profil économique le distingue plutôt fortement du reste du pays de Galles ainsi que de la vallée de la Conwy : Betws-y-Coed incarne véritablement son rôle de « porte d’entrée du parc naturel national Eryri ».
b. Résidence et déplacements : à Betws-y-Coed, un mode de vie rural teinté par le tourisme et les professions artistiques
A Betws-y-Coed, la plupart des logements (80%) sont des maisons individuelles ce qui constitue une surreprésentation de 20 points de pourcentage par rapport au reste du pays de Galles, de plus, 15% des logements sont des maisons mitoyennes, l’habitat individuel est donc le mode d’habiter privilégié dans le village. L’habitat en immeubles collectif y est quasiment absent (2%) alors qu’il représente autour de 10% du parc de logement dans le reste de la vallée de la Conwy et du pays de Galles. Cette construction de maisons individuelles, majoritairement détachées les unes des autres fait de Betws-y-Coed un village peu dense, plutôt étalé autour de l’axe routier central ; cette forme d’urbanisation allonge donc les déplacements et, couplé à la centralité de l’axe routier historique dans le village, elle favorise la dépendance automobile des habitants. En effet, les foyers de Betws-y-Coed sont beaucoup plus équipés en véhicules qu’ailleurs dans la vallée de la Conwy et au pays de Galles. Près de la moitié des foyers (47,8%) possède 2 voitures ou plus dans le village contre 38% en Conwy ou dans le reste du pays. Ainsi, il n’est pas surprenant que la voiture domine les trajets domicile-travail des habitants du village (54% des travailleurs utilisent leur voiture pour se rendre au travail) mais cette proportion demeure bien moins importante à Betws-y-Coed qu’ailleurs en Conwy ou dans le reste du pays de Galles. En effet, une part importante de la population échappe à la dépendance automobile pour les trajets domicile-travail en raison de la forte économie présentielle précédemment présentée. Ce sont ainsi 36% des travailleurs de Betws-y-Coed qui travaillent depuis leur lieu de résidence (généralement les structures hôtelières ou résidences louées/partagées sur les plateformes de location type AirBnB). Cette proportion de travailleurs à domicile est de 10 points supérieure aux moyennes observées ailleurs en Conwy ou dans le reste du pays. Les artistes pour lesquels le logement constitue également l’atelier de travail sont également comptabilisés dans cette catégorie. La gérante de l’auberge de location que nous avions investi pour ce terrain habitait effectivement dans une maison individuelle située juste à côté du corps de bâtiment à louer ; une fois encore, la structure économique tournée vers le tourisme et la production artistique redéfinit les modes d’habiter et de travailler à Betws-y-Coed.
Ainsi, si la structure urbaine du village est plutôt typique d’un village rural (habitat dispersé, étalé le long d’axes routiers favorisant la dépendance automobile), la spécialisation économique vers le tourisme et l’art distingue le village du reste du paysage gallois dans lequel il s’inscrit. Les chaînes hôtelières et la production artistique limitent ainsi les besoins de déplacements pour motifs professionnels dans le village. Néanmoins, l’usage de la voiture individuelle reste très marqué tant dans les usages que dans les paysages par la centralité accordée à la route historique qui traverse Betws-y-Coed.
Deux voies d’accès principales mènent au village gallois de Betws-y-Coed, ce sont d’abord et surtout la route et, plus marginalement, la gare ferroviaire. Le visiteur qui arrive en train se trouve directement dans le cœur historique de la ville, à proximité de l’église qui marque le centre du village. Celui qui arrive en voiture, cherche une place de stationnement qu’il peinera à trouver sur l’espace public si la résidence qu’il occupe n’en fournit pas une ; reste alors un grand parking privé aménagé au cœur du village, à proximité immédiate de la gare, du golf et de la grande pelouse qui constitue l’espace vert central du village.
Les espaces publics du village ne s’offrent que peu au piéton auquel l’automobiliste ou le motocycliste est préféré, les trottoirs sont peu nombreux et souvent très étroits. De manière générale la trame viaire, héritée de siècles non-motorisés, n’est pas très large ; en réalité, c’est le choix de l’aménager en faveur principalement de la voiture depuis la réalisation de la route historique livrée en 1815 qui rend la circulation non-automobile dangereuse et inadaptée. Par exemple, l’un des ponts du village des plus fréquenté par les touristes ne possède aucun trottoir afin de laisser passer le flux automobile, par conséquent, les visiteurs qui veulent apprécier la vue sur la rivière enjambée se massent sur le bord de la route, contre le muret de pierres. De même, il n’existe qu’un seul passage piéton qui permette de traverser la route principale en sécurité au sein du village, il n’y en a même pas en face des quelques ponts qui permettent de passer par-dessus la rivière ou le chemin de fer. Enfin, au-delà de l’automobile et des piétons, la voirie est clairement sous-investie par les modes de déplacements alternatifs (bus ou vélos notamment). Il existe un arrêt de bus dans le cœur du village qui permet d’accéder en navettes aux différents points d’intérêts dans les environs, en revanche, aucune piste cyclable n’existe à Betws-y-Coed en dépit de la valorisation locale du tourisme sportif.
En effet, outre les hébergements touristiques (hôtels, auberges, locations type AirBnB), les différents commerces sont très souvent spécialisés dans le commerce d’articles sportifs (randonnée, cyclisme, escalade) ce qui révèle les pratiques touristiques du parc national Eryri. Une supérette existe dans le village mais plusieurs habitants nous ont indiqué ne pas s’y rendre, ses prix seraient trop élevés, principalement destinés aux personnes de passage.
Le village de Betws-y-Coed semble véritablement scindé en deux avec d’un côté le cœur historique (gare, église, hébergements touristiques, restaurants, équipements de loisirs, commerces, petit musée du rail) quasiment dédié aux touristes tandis que les périphéries du village abritent quant à elles les habitants permanents. Certains habitants permanents résident toutefois encore dans le cœur du village, notamment à proximité des locations touristiques dont ils sont propriétaires ou gestionnaires mais l’essentiel a quitté le cœur historique saturé par la présence touristique. Un agriculteur local, habitant d’un village voisin, nous a affirmé lors d’un entretien qu’à Betws-y-Coed, il ne faisait que passer sans jamais s’y arrêter. La division spatiale de l’espace se repère également dans les pratiques : plusieurs habitants nous ont confié ne jamais se rendre à la superette locale pour en préférer une plus éloignée dont les prix ne s’adressent pas forcément aux touristes captifs de leur méconnaissance du terrain/ déficit de capital d’autochtonie. Nous avons également remarqué la fréquentation d’un chemin de randonnée qui longe le golf et la Conwy puis débouche sur le cimetière du village ; ce chemin dont le sentier est tassé par les passages, n’est quasiment pas signalisé au centre du village et en effet, la majorité des personnes enquêtées qui le pratiquent sont des résidents locaux. Son accès assez confidentiel lui épargne une trop forte fréquentation touristique. A l’inverse, il y a, proche d’un pont très touristique, un autre chemin de randonnée dont le point de départ est mieux signalisé qui attire de très nombreux visiteurs. Un circuit de promenade canine y a même été aménagé. Notons d’ailleurs que nous avons identifié une importante présence des compagnons canins sans être capable d’en identifier la raison au cours de notre terrain d’étude.
Le village de Betws-y-Coed incarne donc véritablement son rôle de « porte d’entrée vers le parc national naturel de Eryri ». L’auberge dans laquelle nous logions nous a notamment permis de rencontrer des visiteurs indiens qui travaillaient à Londres ou encore plusieurs jeunes Allemandes en voyage. Betws-y-Coed héberge donc une partie non négligeable du tourisme international qui, chaque jour, quitte le village pour profiter des aménités rendues accessible par le réseau routier principalement.
Le village de Betws-y-Coed avait tout de semblable avec les villages voisins jusqu’à ce que le 19ème siècle apporte, avec les voies de transports installées dans le sillage de l’aventure minière, une colonie d’artistes qui devait changer les représentations sociales associées à ce territoire. Le 20ème siècle consacra la vocation touristique du site en préservant ces espaces naturels grâce au dispositif de parc naturel national. L’objectif était de donner mettre en valeur ce territoire dont la compétitivité agricole n’était pas certaine. Depuis lors, le village a connu un succès touristique qui a connu son apogée au moment de la pandémie de Covid-19 entre 2020 et 2021 ; les Britanniques ne pouvaient plus quitter le pays, aussi ont-ils dû se déporter vers les lieux touristiques situés à l’intérieur des frontières nationales ce qui a bénéficié au parc Eryri. Le village embrasse donc totalement son rôle de « porte d’entrée du parc national » et offre aux touristes tous les équipements nécessaires à leur découverte du parc : office du tourisme, boutiques de souvenirs, commerces d’équipements sportifs, hébergements et parkings ou encore activités de loisirs. La spécialisation touristique du village induit une répartition socio-spatiales des habitants et des services : il existe un premier Betws-y-Coed pour les touristes, concentré autour du cœur villageois historique et un second Betws-y-Coed, plus récent et périphérique principalement approprié par les résidents permanents. Il y a de surcroît une forte dichotomie entre le tourisme promu dans la documentation touristique (très vert, marche, vélo, escalade…) et le tourisme tel qu’il est pratiqué, très motorisé et souvent individualisé. La réflexion engagée par la Snowdonia Society au sujet du devenir écologique du parc ne pourra pas s’épargner le choix entre un tourisme toujours plus international et rapide porté par le moteur et un tourisme plus lent et respectueux de l’environnement. S’il est décidé de favoriser les modes touristiques les plus favorables à l’environnement naturel exceptionnel du parc national Eryri, la refonte totale de l’aménagement territorial sera inévitable.
Anthoine HOVASSE - Département de Géographie & Territoires de l'Ecole Normale Supérieure de Paris